Elle avait 0,5 ch et quatre roues : pourquoi cette étrange machine de 1885 est considérée comme la première moto

Elle avait 0,5 ch et quatre roues

Regardez une moto moderne et presque rien ne semble pouvoir la relier à cette étrange construction en bois.

Pas de fourche télescopique. Pas de freins à disque. Pas de pneus modernes. Et certainement pas d’électronique.

Plus surprenant encore : cette machine possédait deux grandes roues… accompagnées de deux petites roulettes latérales.

Nous sommes pourtant devant l’un des véhicules les plus importants de l’histoire de la mobilité motorisée.

En 1885, Gottlieb Daimler et Wilhelm Maybach utilisent ce drôle d’engin pour démontrer qu’un moteur à combustion compact et suffisamment rapide peut propulser un véhicule sur route.

La machine entrera dans l’histoire sous le nom de Daimler Reitwagen.

Et 141 ans plus tard, elle reste généralement présentée comme l’une des ancêtres directes de la moto moderne.

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Tout commence par un moteur, pas par une moto

Daimler et Maybach n’avaient pas initialement pour objectif principal de créer la moto telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Leur véritable innovation se trouvait ailleurs.

Les deux ingénieurs travaillaient sur un moteur à combustion suffisamment compact, léger et rapide pour pouvoir être utilisé dans différents moyens de transport.

Le moteur vertical développé par Daimler recevra le surnom de « Standuhr », ou « horloge de grand-père », en raison de sa forme caractéristique.

Daimler dépose un brevet pour ce moteur le 3 avril 1885.

Reste alors une question essentielle : comment démontrer qu’il peut réellement déplacer un véhicule ?

La réponse prendra la forme du Reitwagen.

0,5 ch pour atteindre environ 12 km/h

Les performances font sourire lorsqu’on les compare aux motos actuelles.

Installé dans le Reitwagen, le moteur développe environ 0,37 kW, soit 0,5 ch à 600 tr/min.

Cela suffit pourtant à permettre à l’engin d’atteindre jusqu’à 12 km/h.

L’objectif n’est pas de battre un record.

Le Reitwagen sert avant tout de démonstrateur technologique.

Daimler et Maybach veulent prouver qu’un moteur à combustion compact peut fonctionner à bord d’un véhicule routier autonome.

Et pour cette mission, leur machine rudimentaire va remplir son rôle.

Pourquoi cette « moto » possédait-elle deux petites roulettes ?

C’est probablement son détail le plus étonnant aujourd’hui.

De chaque côté du véhicule se trouve une petite roue stabilisatrice.

Elles ressemblent presque aux roulettes que l’on installe sur le vélo d’un enfant qui apprend à rouler.

Leur fonction est justement d’améliorer la stabilité.

Le Reitwagen n’offre évidemment ni la géométrie, ni les pneus, ni les suspensions d’une moto moderne. Ses petites roues latérales permettent donc de sécuriser davantage son déplacement.

Cette solution possède cependant un inconvénient : elle rend les virages serrés difficiles.

Et elle provoque depuis longtemps une petite controverse historique.

Peut-on vraiment appeler cela une moto ?

Avec quatre points de contact potentiels avec le sol, le Reitwagen n’est pas exactement une moto au sens moderne du terme.

C’est pourquoi certains historiens discutent son statut de « première moto ».

D’autres engins motorisés à deux roues existaient également auparavant, notamment avec des systèmes utilisant la vapeur.

Mais le Reitwagen possède une caractéristique fondamentale : son moteur à combustion interne.

Mercedes-Benz le présente aujourd’hui comme la première moto au monde et comme le premier véhicule routier fonctionnel équipé d’un moteur à combustion.

La distinction est importante.

Le Reitwagen ne doit donc pas nécessairement être considéré comme l’invention soudaine de la moto moderne, mais plutôt comme l’une des étapes déterminantes qui ont montré qu’un moteur à combustion pouvait propulser efficacement un véhicule individuel.

Du bois, du fer et des courroies en cuir

La construction du Reitwagen révèle à quel point l’industrie automobile n’existait pas encore réellement.

Son cadre est fabriqué en bois.

Ses grandes roues sont elles aussi en bois et renforcées par du fer.

Pour transmettre la puissance du moteur, Daimler et Maybach utilisent notamment des courroies en cuir.

On est donc très loin d’une chaîne moderne associée à une boîte de vitesses sophistiquée.

Le système permet néanmoins de sélectionner deux rapports fixes en positionnant la courroie sur des poulies de diamètres différents.

Chaque élément donne l’impression d’une rencontre entre le monde des voitures hippomobiles, les premières bicyclettes et une technologie mécanique qui appartient déjà au siècle suivant.

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Même l’allumage paraît aujourd’hui venu d’un autre monde

Un petit réservoir en laiton installé derrière le conducteur peut facilement être pris pour le réservoir principal de carburant.

Son rôle est plus particulier.

Il alimente la flamme utilisée par le système d’allumage à tube incandescent du moteur.

À une époque où les systèmes électriques d’allumage modernes n’existent pas encore, faire fonctionner un moteur compact à régime relativement élevé exige des solutions mécaniques et thermiques aujourd’hui disparues.

Ce détail rappelle que le Reitwagen n’est pas simplement une vieille moto.

C’est un laboratoire roulant.

Le premier vrai trajet arrive en novembre 1885

Après les premières expérimentations, vient le moment de tester réellement la machine sur route.

Selon les archives de Mercedes-Benz, le 10 novembre 1885, un fils de Gottlieb Daimler effectue avec le Reitwagen le trajet entre Cannstatt et Untertürkheim, puis revient au point de départ.

Le parcours représente environ trois kilomètres selon le récit historique publié par Mercedes-Benz.

La démonstration est concluante : le concept fonctionne.

Le petit moteur peut effectivement déplacer un véhicule de manière autonome sur route.

Et la suite va aller très vite.

Un an plus tard, le moteur passe à quatre roues

Le Reitwagen n’était qu’une étape du projet beaucoup plus ambitieux imaginé par Daimler.

Son objectif était de développer une motorisation pouvant être utilisée sur terre, sur l’eau et dans les airs.

Dès 1886, cette technologie est adaptée à la Motorkutsche de Daimler.

Les moteurs issus de ces recherches seront ensuite utilisés dans des bateaux, des véhicules ferroviaires et même dans le domaine aéronautique.

Le Reitwagen prend alors tout son sens historique.

Sa forme exacte n’a pas survécu dans nos motos modernes.

Son véritable héritage est le principe qu’il démontrait : un petit moteur à combustion rapide peut transformer un véhicule individuel en machine autonome.

L’original n’existe malheureusement plus

Le véhicule que l’on peut aujourd’hui admirer dans les collections historiques n’est pas le Reitwagen original de 1885.

Celui-ci a disparu dans un incendie en 1903.

Des répliques ont ensuite été construites afin de préserver et de présenter cette étape de l’histoire mécanique.

Mercedes-Benz possède notamment une reproduction authentique capable de fonctionner.

En 2025, à l’occasion des 140 ans du dépôt du brevet, une réplique roulante a d’ailleurs été présentée au Mercedes-Benz Museum de Stuttgart.

De 0,5 ch aux superbikes modernes

Le contraste est saisissant.

Le Reitwagen disposait d’un demi-cheval et atteignait environ 12 km/h.

Aujourd’hui, certaines motos de série dépassent largement les 200 ch et peuvent franchir les 300 km/h dans des conditions appropriées.

Le bois a laissé place à l’aluminium, à l’acier et aux matériaux composites. Les courroies rudimentaires ont cédé la place aux transmissions modernes. ABS, contrôle de traction, centrales inertielles et suspensions électroniques auraient été inimaginables pour Daimler et Maybach.

Mais derrière cette différence technologique immense demeure une idée commune.

Un moteur compact. Deux grandes roues. Un conducteur installé à califourchon.

Les petites roulettes ont disparu depuis longtemps.

L’idée, elle, a traversé plus de 140 ans.


ARTICLE FAQ / F&Q

Quelle est considérée comme la première moto à moteur à combustion ?

Le Daimler Reitwagen de 1885 est généralement considéré comme la première moto utilisant un moteur à combustion interne. Mercedes-Benz le présente comme la première moto au monde.

Qui a inventé le Reitwagen ?

Il a été développé par Gottlieb Daimler et Wilhelm Maybach à Cannstatt, aujourd’hui intégré à Stuttgart, en Allemagne.

Quelle était sa puissance ?

Son moteur développait environ 0,37 kW, soit seulement 0,5 ch à 600 tr/min.

Quelle vitesse pouvait atteindre cette première moto ?

Le Reitwagen pouvait atteindre environ 12 km/h.

Pourquoi possédait-il de petites roues latérales ?

Les deux roulettes servaient à stabiliser le véhicule. Cette particularité explique aussi pourquoi son statut exact de « première moto » fait parfois l’objet de discussions historiques.

Le Reitwagen original existe-t-il encore ?

Non. L’exemplaire original a été détruit lors d’un incendie en 1903. Les véhicules exposés aujourd’hui sont des reproductions.

Story follow-up

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